KSIL dit NON à la VIOLENCE
LE COLLECTIF SOLIDARITE, IDENTITE ET LIBERTE DIT NON A LA VIOLENCE
Tandis que nous assistons à un spectacle interminable de brigandage politique qui ne cesse d’avilir aux yeux du peuple, la notion même de démocratie, la nation haïtienne est plongée dans ce que nous appelons une crise de survie. Les innombrables, innomables et éternels candidats à la domesticité politique, aveuglés par des intérêts mesquins ne se rendent pas compte que nous sommes déjà au fond du précipice et que seul un ultime sursaut collectif pourrait nous épargner un effrondrement définitif. Déjà nous sommes traités en parias de l’hémisphère, notre peuple se nourrit des rejets des capitales occidentales tandis que notre territoire sert de poubelle aux déchets de la globalisation capitaliste.
La crise qui sévit actuellement en Haïti est plus que politique, elle est vitale. Elle est plus que structurelle, elle est essentielle. Elle est plus qu’économique, elle est existentielle. C’est notre existence même en tant que peuple, en tant que nation, en tant que communauté humaine particulière qui est en jeu, menacée.
Crise de survie parce que nous avons atteint le point critique de déséquilibre écologique.
Crise de survie parce que même les mécanismes artificiels élaborés au cours des décennies pour subsister à l’effondrement de notre biotope craquent sous les coups conjugués d’une modernisation au rabais, de l’inconscience des dirigeants politiques et la «chimérisation» dangereuse de certaines couches de la population.
Face à cette situation et à la récente escalade de l’insécurité et de la violence en Haïti, le Collectif Solidarité, Identité et Liberté a déclenché depuis le 29 mars 01 une campagne pour exprimer la volonté d’un groupe de citoyens/nes à tirer la sonnette d’alarme afin de dire non au projet de plonger notre pays dans le chaos définitif.
Le Collectif soutient que les événements qui se succèdent sur la scène socio-politique sont l’expression d’une dynamique politique tendant à convertir le pays en ce qu’on appelle dans le jargon impérial actuel une « entité chaotique ingouvernable », afin de renforcer sa mise sous tutelle.
L’augmentation du banditisme et des assassinats, la « chimérisation » de la société à travers la manipulation des couches défavorisées, la menace de la résurgence de l’armée, sont autant de manifestations de cette situation ; lesquelles s’ajoutent à toutes les autres formes de violence générées par notre structure sociale inégalitaire et nos rapports inégaux avec d’autres pays. Autour de la lutte pour l’occupation de l’appareil d’Etat, ce projet se précise et ses différents acteurs se profilent : une élite politique plus soucieuse de pouvoir que de son appartenance à un pays, des groupes sociaux assoiffés de lucre, des puissances étrangères se présentant en spectateurs et/ou en médiateurs de la « crise », mais en fait manipulant souterrainement contre l’intérêt collectif.
L’apparition subite des « déverseurs » de déchets toxiques dans cette situation de confusion dénote bien à qui profite cette « ingouvernabilité » en induction tout en laissant entrevoir que cette dernière est liée à la tentation de transformer notre pays en poubelle de la « globalisation ». Elle coïncide avec la préparation de ce Sommet des Amériques auquel voudront participer sans doute et «dirigeants contestés » et « dirigeants de l’opposition » pour cautionner, au nom du peuple haïtien, le pacte consacrant la zone de libre échange des Amériques devant faire avancer cette globalisation porteuse de misère et de violences pour les peuples.
NI « CHIME », NI ARMEE, NI TUTELLE
Le Collectif entend réveiller la conscience de nos concitoyens/nes pour catalyser l’organisation d’un réseau de résistance capable d’affirmer a contrario qu’Haïti est gouvernable par ses fils/filles et manifester notre refus de devenir la poubelle de la « globalisation ». Nous ne voulons ni des « chimè », ni de l’armée, ni des « zenglendos », ni du perfectionnement de la tutelle, ni de cette structure sociale génératrice de violences.
CE QUE NOUS VOULONS
Au sein du Collectif se réunissent des citoyens/nes qui ont historiquement contribué à impulser le mouvement populaire des années 80 et qui, depuis plus de vingt ans, luttent pour la transformation de la société haïtienne, la construction d’une société nouvelle capable d’assurer l’épanouissement de ses membres et d’apporter sa quote-part à l’établissement d’un nouvel ordre mondial plus humain. Aussi cette campagne de résistance contre le projet de plonger le pays dans le chaos s’inscrit-elle dans une démarche plus large visant à impulser un grand mouvement social qui s’articule autour des axes suivants :
- La construction nationale
Fondamentalement la catastrophe actuelle est le résultat de l’échec de la tentative de construire l’état-nation haïtien. Cette initiative enclenchée au Bwa Kay Imam après maintes péripéties et tergiversasions s’est éteinte au Pont Rouge le 17 octobre 1806. L’effort collectif doit être repris à ce niveau et dans une perspective nouvelle de trouver les voies de construction d’une entité nationale apte à répondre aux défis du 21ème siècle, sur base de notre identité propre.
Contre la polarisation des classes sociales, la désagrégation et l’émiettement du tissu social, la disparition progressive de notre patrimoine culturel, le Collectif préconise une approche unitaire visant à rassembler de grandes fractions de la population autour d’un projet de construction nationale.
Cette cohésion sociale est aussi indispensable pour entreprendre au plus tôt des actions d’envergure visant à freiner la dégradation de notre espace vital, notre environnement écologique qui menace d’extinction la vie même à l’intérieur de ce pays et annonce sa disparition en tant qu’entité physique.
Nous croyons fermement que les principes de souveraineté et de dignité nationale sont à l’ordre du jour. Ils doivent être promus par des patriotes dans un effort constant de prouver au monde entier que nous pouvons nous diriger nous-mêmes, que nous avons notre propre projet et entendons protéger, défendre, réhabiliter notre espace de vie propre.
L’affirmation de cette dignité nationale passe essentiellement par le développement et l’assumation de notre identité en tant que peuple dans la poursuite et la réalisation de ce vieux rêve qui a contribué à faire de nous la première république noire du monde : « yon pèp lib nan yon peyi granmoun ».
- Le maintien du défi participatif : l’édification d’un état sociétaire
Cette entité nationale ne peut se construire que sur de nouvelles bases. Les fondements de l’Etat doivent être (re) considérés.
Le Collectif revendique une forme d’Etat au service de notre mission historique de peuple, axée sur la participation de la majorité de la population à la gestion de la chose publique, à la jouissance des richesses et des acquis disponibles et à venir.
La force de l’Etat doit reposer sur la prépondérance d’une société civile organisée, indépendante par rapport au pouvoir politique. Moins de politique politicienne et plus de démocratie ! Entendu que cette société civile organisée à laquelle nous nous référons ne se réduit pas aux ONG et aux associations des secteurs d’affaires, mais embrasse toutes les forces vives du pays, particulièrement les masses marginalisées.
Il s’agit d’impulser une dynamique sociale pour arriver à établir la démocratie participative en faveur de la majorité de la population. Dans cette optique, la participation populaire apparaît à la fois comme un objectif et un outil indispensable au développement économique et social du pays.
Cet objectif ne vise pas l’envahissement anarchique de l’appareil d’Etat ni la manipulation de certains groupes pour les inciter à poser des dictats au reste de la population ou terroriser l’ensemble de la société par la violence téléguidée. Il s’agit plutôt de mener un combat pour établir de nouveaux rapports entre l’appareil d’Etat et la société civile organisée. Voilà pourquoi nous devons chercher à créer un cadre légal et des mécanismes légaux pour permettre la participation de la population dans le respect du jeu démocratique. La Constitution de 1987 offre plusieurs provisions pouvant être exploitées à cet effet.
Nous disons que le sous-développement du pays fait de la participation populaire une exigence historique qui doit donner à la démocratie en Haïti sa facture spécifique. Le peuple doit être mobilisé et se retrouver dans le jeu démocratique pour qu’il puisse comprendre et consentir les sacrifices nécessaires à la reconstruction de la société.
- La construction d’une civilisation de la simplicité
Nous devons compter sur notre propre force, i.e. sur ce que nous sommes, ce que nous avons de meilleur à offrir au monde. Haïti est la plus grande puissance culturelle de la Caraïbe. Nous devons nous concevoir et construire sur cette base.
Nous devons aussi concevoir une société à la mesure de nos moyens. Il nous faut donc changer de mode de vie, i.e. freiner la course à la richesse et à l’ostentation, réduire la consommation de luxe pour investir dans la satisfaction des besoins humains de base.
Il est impérieux d’éviter le piège de la «fausse modernité». On entend nous «moderniser » aujourd’hui, comme hier il s’agissait de nous « civiliser » en nous attribuant un rôle de parias dans la globalisation qui est la phase sénile du capitalisme.
Cette modernité au rabais qu’on veut imposer au Tiers-Monde, surtout aux peuples situés en-dehors de l’aire culturelle occidentale, sous forme d’ajustement structurel, est une tentative du capitalisme mondial de répondre à cette véritable crise de civilisation que traverse l’Occident.
A une crise de civilisation doit correspondre une alternative de civilisation. La paysannerie haïtienne a traversé deux siècles construisant sous le poids de la violence son existence propre et ses mécanismes de survie à partir d’une économie rurale basée sur un système agricole original. Son refus de s’ajuster l’a contrainte à la créativité là où nos intellectuels pragmatiques s’adaptaient à «l’incontournabilité» de la moindre proposition de l’Occident. Nous devons recourir aux sources pour construire une «ruralité moderne ».
- La solidarité internationale : une exigence du monde moderne
La communauté internationale à laquelle nous croyons est celle qui charrie un ensemble de valeurs et d’acquis universels en matière de bien-être et d’épanouissement humain que nous devons revendiquer en tant que patrimoine commun de l’humanité. Ce n’est pas un gendarme auquel il faut recourir pour résoudre en faveur d’un clan les conflits politiques, moyennant la soumission du pays à des intérêts de lobby capitalistes qui le colonisent et se l’approprient.
Nous sommes capables de contribuer à l’enrichissement de ce patrimoine sans nous soumettre, nous ajuster ou accepter les déchets de la civilisation qu’on nous impose par toutes formes de violence, sous prétexte de modernité.
Nous devons être capables de nous acheminer sur la voie de notre mission historique dans la Caraïbe, dans la région et dans le monde. Nous devons être capables de combiner démocratie et identité pour nous situer dans le concert mondial de ceux/celles qui, du nord au sud, de l’est à l’ouest, inventent, créent de nouvelles manières de dire non à la néo-barbarie sous forme de libre échange régional, d’ajustement structurel et autres ; de ceux/celles qui construisent des alternatives de paix, de solidarité, de respect de la vie sous toutes ses formes.
Seule l’unité nationale nous permettra d’avoir accès à un nécessaire échange pour valoriser ce que nous avons à offrir et déterminer puis intégrer ce que nous avons à recevoir. Les divisions internes induisent une compétition au rabais dans une course effrénée vers la servitude. Le gagnant exténué de cette course ne peut que se retrouver sur la scène internationale à la recherche de celui qui voudra bien accepter de devenir son maître en échange d’un pays, d’un peuple, d’une nation à liquider.
- Une position claire vis-à-vis des Etats-Unis : améliorer les relations entre les USA et le secteur démocrate haïtien
En forgeant cette unité nationale, nous serons à même de développer de nouveaux rapports avec les USA. Le rapprochement avec ce pays est une exigence stratégique liée aux bouleversements survenus dans le monde, aux nouvelles tendances de la réalité internationale, à la géographie et à l’histoire. Il doit être conçu et assumé de manière consciente et intelligente en regard même de ces nouvelles perspectives historiques. C’est en fonction de l’intérêt d’Haïti dans la Caraïbe et selon notre vision alternative de l’intégration régionale qu’il nous faut aborder notre politique vis-à-vis de cette super-puissance. Faute d’une telle approche, nous n’aurons, une fois pris de court, qu’à nous soumettre de façon désordonnée à n’importe quelle situation désavantageuse et honteuse.
- Une autre vision du pouvoir et un nouvel instrument de lutte pour dépasser la politique traditionnelle
Le Collectif dénonce et cherche à freiner cette dérive qui consiste à consacrer toute son énergie à lutter pour occuper l’appareil d’Etat sous prétexte de changement de société visé. Il faut reconnaître que cet appareil d’Etat tant convoité fonctionne selon une logique propre qui est l’expression des intérêts anti-nationaux et anti-populaires ; en outre, sa dépouille est de plus en plus accaparée par la criminilaté organisée. Les réels détenteurs du pouvoir ce sont ceux qui assurent le contrôle de toutes les richesses au détriment de la majorité de la population. Il y a donc une grande différence entre faire marcher l’appareil d’Etat et prendre le pouvoir.
Ceux/celles qui travaillent pour un changement de société au bénéfice de la majorité de la population exclue, doivent oeuvrer à organiser le pouvoir de cette dernière au sein de cette société. C’est ce pouvoir construit au sein de la société qui permettra la transformation de cet appareil d’Etat et son remplacement par un état sociétaire, démocratique au service de la nation.
Faire de la politique consiste donc à travailler avec le peuple qui doit construire son organisation pour poser et résoudre ses problèmes fondamentaux. C’est mobiliser le peuple pour sauver notre environnement qui se dégrade, c’est combattre la faim, l’indigence, la misère et sauvegarder la dignité de notre peuple piétinée tant à l’intérieur du pays que dans la diaspora. C’est revendiquer toute une série de mesures politiques pour faire avancer les intérêts de la nation. Le peuple se constituera ainsi en force et manifestera son pouvoir au sein de la société.
La préoccupation de se situer au sein de l’appareil d’Etat pour initier des changements doit prendre en compte les différentes composantes de ce dernier et ne peut être que liée au principe directeur qui fait de la force du peuple le seul facteur capable de permettre l’utilisation de cet espace dans le sens de ses intérêts. Il nous faut combattre le sauvetage individuel au nom du peuple, i.e. l’opportunisme politique ambiant. L’appartenance à cet appareil d’Etat doit découler d’un mandat délivré par une réelle force populaire qui veille à son application pour éviter toute déviation. De plus, toute présence au sein de l’appareil d’état doit se matérialiser essentiellement par un ensemble d’activités de transfert de pouvoir aux forces majoritaires organisées de la société civile et s’inscrit dans une dynamique consciente de résistance contre le procès de domination, et de manifestation de notre propre projet historique.
En résumé, le plus important c’est un mouvement social hégémonique au sein de la société. Un mouvement qui charrie nos caractéristiques de peuple, nos aspirations de liberté, d’égalité et de fraternité dans ce contexte de globalisation. Cet instrument doit être en conformité à l’état sociétaire visé. Il s’appuiera de façon privilégiée sur la construction et le renforcement d’organisations régionales par la mise en réseau d’organisations indépendantes à vocation socioprofessionnelle, civique, culturelle, féministe (ou de femme), paysannes et autres. Tout ceci, dans la perspective de construction d’un pouvoir multipolaire afin de saper les bases du pouvoir traditionnel centralisé.
- La promotion de l’unité démocratique nationale
Cette forme d’unité ne doit pas être confondue à celle cherchant à rapprocher l’ensemble de la faune politicienne, ou à concilier ces politiciens qui s’entretuent pour occuper l’appareil d’état ; démarche qui s’inscrit dans la lutte pour la gestion de l’Etat au profit des vrais tenants du pouvoir, notamment les capitalistes internationaux construisant le monde global par l’ajustement des pays historiquement dépendants. Il s’agit de préférence d’initier un processus en vue d’unir toutes les énergies tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du territoire autour d’un projet de société visant la grandeur du pays et la réalisation de notre mission historique de peuple. Cette unité doit être construite autour des objectifs suivants :
. mener le combat pour l’affirmation et le respect de la dignité nationale liée à la promotion de notre identité de peuple et de notre culture ;
. réhabiliter notre espace vital et freiner la catastrophe écologique ;
. combattre la pauvreté, l’insalubrité, la vie chère et le chômage grandissant ;
. combattre l’insécurité et promouvoir la justice ;
. régénérer le tissu social effrité et créer des conditions pour accélérer l’organisation de la société civile et la décentralisation inscrites dans un projet national ;
. combattre le pouvoir personnel et le sauvetage politique individuel ;
. promouvoir la non-violence, la tolérance, l’honnêteté;
. planifier notre intégration dans la Caraïbe et dans la région des Amériques comme peuple porteur d’une alternative de mode d’être au monde et constructeur d’une civilisation de la simplicité.
Collectif Solidarité, Identité et Liberté /15 avril 08
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